
"LES LEÇONS DU PROTOCOLE DE MONTRÉAL"
Le PCCEG était l’un des partenaires d’environnement Canada pour l’organisation du Colloque du 10e anniversaire du Protocole de Montréal qui s’est tenu le 13 septembre 1997, à Montréal. La déclaration qui suit a été entérinée par le Comité consultatif international et le Comité organisateur national qui étaient responsables de l’organisation du Colloque. Elle a été rendue publique le 15 septembre 1997. La déclaration ne représente pas nécessairement les positions d’Environnement Canada ou de la Société royale du Canada.
Énoncé des conclusions du Colloque tenu le 13
septembre 1997 à l’hôtel Le Centre Sheraton
(Montréal, Québec, Canada), publié au nom du
Comité consultatif international et du Comité
organisateur national.
Dix ans après la mise en œuvre du
Protocole de Montréal, la principale leçon apprise est
la suivante : il faut établir l’imminence du danger pour
convaincre la communauté internationale d’agir
concrètement. Une fois le danger reconnu, les gouvernements et
les collectivités ont démontré qu’ils sont
prêts à assumer les coûts associés à
la prise de mesures éclairées, à condition que
celles-ci ne compromettent pas les principaux avantages sociaux,
médicaux, économiques et technologiques acquis. Par
ailleurs, l’industrie fait preuve d’ingéniosité
lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles façons d’offrir ces
avantages. En bout de ligne, connaissances pertinentes, institutions
efficaces, esprit de collaboration et citoyens inspirés
contribuent tous à surmonter les différences politiques
en faveur de l’intérêt commun.
Introduction
Le 16 septembre 1987, 24 pays ont signé le Protocole de
Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la
couche d’ozone, entente conclue en vertu de la Convention de Vienne
pour la protection de la couche d’ozone, adoptée en 1985.
Aujourd’hui, il y a 162 parties au Protocole, qui représentent
plus de 95 % des habitants de la Terre.
Le 10e anniversaire du Protocole de Montréal justifie
certainement des célébrations mondiales. Nous avons
constaté que des accords internationaux dans le domaine de
l’environnement peuvent fonctionner. La communauté
internationale mérite des félicitations à cet
égard. Le Protocole de Montréal souligne la
reconnaissance universelle de l’interdépendance des nations
ainsi que de l’impossibilité de restaurer et de
protéger la couche d’ozone sans la participation active de
tous les pays de la Terre -développés et en
développement.
Le monde à la hauteur de la situation
Nous célébrons aujourd’hui la prise d’un important
engagement mondial et son renforcement, de même que la
création d’un climat de confiance entre les gouvernements,
l’industrie et les collectivités. Cet engagement ne part pas
de mesquins intérêts économiques ou politiques,
mais de la reconnaissance du besoin d’agir.
Même ceux qui doutaient de l’efficacité des accords
internationaux sur l’environnement admettent la réussite du
Protocole. Dans son rapport sur l’état du monde en 1997, le
Worldwatch Institute indique : " À une époque où
le renversement des tendances environnementales planétaires
est d’une lenteur alarmante, il est rassurant de constater que le
monde prend les moyens voulus pour freiner l’appauvrissement de la
couche d’ozone ". Nous devons maintenant poursuivre le travail.
Le mouvement favorable à la réitération des
engagements du Protocole de Montréal, dans l’esprit de 1987,
contribuera à l’élaboration des lignes directrices
requises pour assurer une coopération internationale suivie
dans le domaine de la protection de la couche d’ozone.
Historique
Les participants au Colloque du 10e anniversaire, tenu le 13
septembre 1997, ont analysé sous divers angles les
progrès considérables réalisés
grâce au Protocole de Montréal et réfléchi
sur les leçons apprises au cours des dix dernières
années.
Le Colloque a abordé l’importance capitale des sciences
naturelles et sociales, des programmes d’action et de la technologie
ainsi que de l’évaluation scientifique et technologique dans
l’élaboration et l’application du Protocole.
Rédigé au nom du Comité organisateur national et
du Comité consultatif international du Colloque, le texte qui
suit est présenté à la réunion des
parties au Protocole.
Aperçu
Soucieux des problèmes de santé liés aux
rayons UV, mieux informé au sujet du rayonnement et de ses
effets sur la santé, touché par les images saisissantes
sur l’agrandissement du trou d’ozone antarctique et par des campagnes
médiatiques efficaces de groupes de protection, le public se
préoccupe manifestement de l’appauvrissement de l’ozone. Les
réalisations du Protocole sont largement attribuables à
l’opinion publique favorable à l’action et aux efforts des
gouvernements, des diplomates, de l’industrie, des scientifiques et
des citoyens préoccupés.
Acclamé comme un modèle pour d’autres accords
internationaux sur l’environnement, le Protocole doit son
succès à l’approche de collégialité et de
collaboration qu’il favorise, particulièrement entre les pays
développés et ceux en développement. Très
efficace pour contrer le problème, l’approche ciblée,
non punitive, apolitique et scientifique qui a été
adoptée pour traiter avec les principaux consommateurs de
substances destructrices d’ozone, soit les pays
industrialisés, a également contribué à
la réalisation d’objectifs de réduction au cours de la
dernière décennie. Il s’agit d’un exemple parfait de la
puissance de la collaboration.
Grâce au Protocole, les scientifiques se sont entendus sur
les dangers de l’appauvrissement de la couche d’ozone et,
peut-être pour la première fois, les diplomates ont
écouté les explications scientifiques sur le danger
réel qui guette la planète. Grâce au Protocole,
les pays industrialisés et non industrialisés ont
formé un partenariat novateur pour combattre un
problème mondial. Grâce au Protocole, la
communauté internationale dispose de nouveaux outils de
sensibilisation et de coopération, de même que de
nouvelles connaissances scientifiques et technologiques.
Dans la deuxième décennie du Protocole, il faudra
encore relever des défis de taille, notamment l’objectif de
veiller à l’harmonisation des engagements et à la
prévention de la production illégale et de la
contrebande tout en continuant à proposer des clauses
relatives au contrôle des substances menaçant l’ozone.
L’objectif devra consister à raviver l’engagement de toutes
les parties à l’égard du Protocole et de son principe
directeur : " Le fragile équilibre de la vie humaine sur Terre
dépend de la couche d’ozone ".
Dix ans après la mise en œuvre du Protocole
de Montréal, la principale leçon apprise est la
suivante : il faut établir l’imminence du danger pour
convaincre la communauté internationale d’agir
concrètement. Une fois le danger reconnu, les gouvernements et
les collectivités ont démontré qu’ils sont
prêts à assumer les coûts associés à
la prise de mesures éclairées, à condition que
celles-ci ne compromettent pas les principaux avantages sociaux,
médicaux, économiques et technologiques acquis. Par
ailleurs, l’industrie fait preuve d’ingéniosité
lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles façons d’offrir ces
avantages. En bout de ligne, connaissances pertinentes, institutions
efficaces, esprit de collaboration et citoyens inspirés
contribuent tous à surmonter les différences politiques
en faveur de l’intérêt commun.
Sciences naturelles : Ce que nous avons appris
Essentiels au succès du Protocole, les travaux
scientifiques reposaient sur la recherche universitaire d’envergure,
la soif de mieux comprendre notre monde et la recherche
thématique visant à résoudre les
problèmes. La science sous-tendant le Protocole a
évolué graduellement, depuis la recherche sur la
structure de l’atmosphère ainsi que sur le spectre solaire et
ses effets sur les organismes et depuis les études sur
l’amélioration des méthodes de prévision
météorologique et les préoccupations
environnementales sur les avions de transport supersoniques. Il est
impérieux d’entretenir de solides équipes de recherche.
La surveillance de l’atmosphère a contribué à
faire comprendre l’imminence du danger - et son évolution -,
c’est-à-dire l’accumulation de substances destructrices
d’ozone et son effet sur la couche d’ozone. Les données
pertinentes recueillies ont permis de déterminer l’importance
d’agir pour freiner cette accumulation et de surveiller constamment
l’atmosphère. Malgré les progrès
réalisés (la consommation mondiale de substances
destructrices d’ozone a chuté de 73 % au cours des huit
premières années suivant la signature du Protocole), on
a constaté que beaucoup reste à faire. Si tous les pays
parviennent à atteindre leurs objectifs de réduction,
la couche d’ozone ne sera pas entièrement rétablie
avant l’an 2050.
Les connaissances acquises sur le rayonnement ultraviolet ont
catalysé l’action en vue de réaliser les objectifs du
Protocole et, pour ce qui est de la santé humaine, ont
aidé à sensibiliser le public au danger des rayons UV
naturels aussi bien qu’artificiels. Il y a cependant toujours lieu de
s’inquiéter de la compréhension imparfaite des effets
sur l’écosystème et la santé humaine de
l’augmentation du rayonnement ultraviolet.
Le Protocole a stimulé la recherche scientifique sur la
couche d’ozone et l’acquisition des connaissances voulues pour lutter
contre la variabilité et le changement du climat. Voilà
un autre exemple de la façon dont le progrès dans un
domaine contribue à la recherche dans un autre.
L’expérience des dix dernières années est une
leçon d’histoire : les sciences et les connaissances
environnementales constituent un investissement essentiel beaucoup
moins coûteux que l’ignorance.
Sciences sociales : la réussite du principe directeur du
Protocole
Le Protocole de Montréal sert de modèle à
d’autres ententes internationales sur l’environnement probablement en
raison de sa façon réaliste d’aborder la question et
à l’esprit de collaboration qu’il a engendré.
On a reconnu dès le début que les pressions
exercées sur d’autres ressources, ainsi que la
nécessité de disposer d’une eau propre et d’aliments en
quantité suffisantes, tendent à repousser au bas de la
liste des priorités nationales des pays en
développement certains problèmes planétaires,
dont l’appauvrissement de la couche d’ozone, comme le font dans les
pays développés le déficit national, la dette et
le chômage. Aussi le Protocole a-t-il établi un
partenariat fondé sur le principe de responsabilités
partagées mais différentes, reconnaissant que les
conditions des pays moins consommateurs (conformément à
l’article 5) sont différentes de celles des pays
développés. Ces derniers étant la source du
problème, c’est chez eux que les mesures initiales ont
été prises. En outre, une période de grâce
a été accordée aux pays en développement.
Le Protocole a également établi des différences
pour les pays dont l’économie est en transition.
Les dispositions novatrices, dynamiques et souples
représentaient les éléments les plus importants
du Protocole. Les artisans du nouveau régime environnemental
de l’ozone ont voulu faciliter l’intégration de la science au
principe directeur et donc permettre la modification des
échéanciers d’élimination progressive et la
réglementation de toutes les substances destructrices d’ozone,
outre celles désignées dans le Protocole. Ils ont
assuré la mise en œuvre du régime en favorisant de
nouveaux principes de coopération internationale, comme les
responsabilités partagées mais différentes, et
aussi en créant de nouvelles institutions, comme le
comité de mise en œuvre et le Fonds multilatéral.
L’approche novatrice adoptée par le Protocole de
Montréal en matière d’élaboration et
d’application de règles constitue un apport substantiel au
droit international de l’environnement à la création
d’une loi internationale sur l’environnement. Dix ans après,
les pionniers de 1987 lèguent à la communauté
internationale un instrument unique qui s’améliore au fur et
à mesure que la connaissance scientifique le commande et que
le contexte politique le permet. Les nouveaux accords continuent de
profiter de ces innovations.
Les transferts financiers et technologiques, de même que les
possibilités de restrictions commerciales, incitent
manifestement à l’action, sans oublier l’importance de
faciliter, et parfois de financer, la mise en place d’une
législation nationale adéquate en matière
d’environnement et des systèmes administratifs rentables,
ainsi que d’aider à assumer les coûts additionnels de
l’adoption de technologies. Le Protocole prévoit
également une approche ciblée et non punitive pour les
cas de non-conformité.
Une des principales réussites du Protocole a
été la coopération bilatérale
engendrée par le Fonds multilatéral, établi en
1990 en vue d’apporter une aide financière et technique aux
pays en développement pour leur permettre de remplir leurs
obligations sans imposer de coûts nets à leurs
économies.
Depuis la création du Fonds, 1 milliard de dollars ont
été consacrés à plus de 1 000
activités dans 102 pays visés par l’article 5. De toute
évidence, les pays industrialisés doivent maintenir
leur aide financière pour assurer les gains
réalisés. À cet égard, les initiatives de
la Banque mondiale, du PNUD, de l’ONUDI et du PNUE, de même que
la coopération bilatérale, ont été
fondamentales.
La prochaine décennie sera cruciale pour le Protocole. La
période de grâce accordée aux pays en
développement étant terminée, ceux-ci, de
même que les pays développés, devront
réduire concrètement leur consommation de substances
destructrices d’ozone pour démontrer qu’ils sont
déterminés à respecter une exigence de
coopération financière et technique légitime.
Technologie : le besoin d’innover
Le Protocole a eu une incidence technologique marquée,
surtout concernant l’interdiction des CFC, qui a donné lieu a
de nombreuses nouveautés et possibilités commerciales.
Tout comme l’autoroute de l’information a révolutionné
les communications et forcé le monde à s’y adapter, le
Protocole a stimulé la mise au point de substances
respectueuses de l’ozone utilisées dans la
réfrigération, les mousses, les solvants, le nettoyage
de pièces métalliques, le nettoyage à sec, les
dispositifs de protection contre les incendies et les
aérosols. Le milieu des affaires, l’industrie, les
gouvernements et les consommateurs reconnaissent tous le besoin
d’évoluer et d’innover.
En relevant le défi de l’ozone, les entreprises peuvent
améliorer leurs stratégies de marketing et
répondre plus directement aux besoins des consommateurs en
mettant sur le marché des produits non polluants, tout en
profitant, ce faisant, d’une meilleure image publique et d’un
avantage concurrentiel.
La plupart des coûts estimatifs initiaux concernant les
solutions de remplacement se sont révélés trop
élevés. L’industrie est parvenue à
réduire ses coûts lorsque des ingénieurs et des
hommes d’affaires ont mis leur créativité au service de
la question. Elle a également profité d’encouragements
fiscaux pour la recherche et développement, de même que
de projets de recherche précompétitive.
Voilà un autre exemple de l’approche
équilibrée privilégiée par le Protocole,
qui a reconnu le besoin de désigner certains produits, dont
les inhalateurs-doseurs (utilisés dans le traitement de
l’asthme), comme une " utilisation essentielle " à ne pas
interdire tant qu’aucun produit de remplacement adéquat n’aura
été trouvé.
Il existe maintenant de nouvelles technologies pratiques pour
remplacer presque toutes les substances destructrices d’ozone. Le
défi, de taille, consiste maintenant à
transférer ces technologies à l’ensemble des pays en
développement.
L’importance des évaluations : maintenir les aspects
politiques à distance
Beaucoup d’éléments sont uniques au Protocole de
Montréal et à la façon dont il a
été élaboré. Comme les résultats
de recherche ont été si importants dans les
décisions menant à l’accord, le Protocole
prévoit la tenue d’évaluations scientifiques,
environnementales, techniques et économiques au moins tous les
quatre ans. Ces évaluations, enchâssées dans le
Protocole de façon à les maintenir à
l’écart des aspects politiques, sous-tendent la prise de
nouvelles décisions sur les substances appauvrissant la couche
d’ozone et les mesures à prendre à l’échelle
internationale.
Ces évaluations ne doivent pas dépendre
d’intérêts économiques ou politiques
particuliers, éventualité qui pourra être
écartée si l’on s’en remet aux meilleurs experts,
où qu’ils se trouvent, pour tous les aspects de la question et
à l’examen exhaustif par les pairs. Cette approche impartiale
explique pourquoi les données techniques
présentées ne soulèvent
généralement aucun désaccord.
Le Protocole a tiré profit du consensus établi dans
le domaine des sciences et de la technologie par l’utilisation des
évaluations comme des outils puissants pour actualiser ses
dispositions et sa mise en œuvre. Même si de remarquables
progrès ont été faits, il reste encore à
communiquer les résultats de ces évaluations de
manière qu’ils soient compris par toutes les parties
intéressées.
Patronnage
Parrainé par Environnement Canada dans le cadre des
Célébrations du 10e anniversaire, en collaboration avec
l’Université du Québec à Montréal et le
Programme canadien des changements à l’échelle du globe
de la Société royale du Canada ainsi qu’avec la
généreuse contribution financière de 3M et de
Nortel.
Comité consultatif international
Pieter Aucamp, Afrique du Sud
Suely Carvalho, Brésil
John Hollins, Canada
Winfried Lang, Autriche
Jan van der Leun, Pays-Bas
Nelson Sabogal, Colombie
Comité organisateur national
Angus Fergusson, Environnement Canada
Sonja Henneman, Environnement Canada
Claude Lefrançois, Société royale du Canada
Yarrow McConnell, Société royale du Canada
Philippe Le Prestre, Université du Québec à
Montréal
John Reid, Environnement Canada
Hague Vaughan, Environnement Canada