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Les changements climatiques réclament des mesures plus vigoureuses indiquent aux ministres des groupes de réflexion scientifique
Ottawa, le 9 décembre 1996 — Si le Canada ne prend pas des mesures supplémentaires à l'égard des changements climatiques, il verra des perspectives économiques lui échapper et ne parviendra pas à respecter ses engagements internationaux. Voilà ce que deux groupes de réflexion scientifique ont déclaré aux ministres canadiens de l'énergie et de l'environnement.
Dans un mémoire qu'ils viennent de leur soumettre, le conseil d'administration du Programme canadien des changements à l'échelle du globe de la Société royale du Canda ainsi que celui du Programme climatologique canadien ont exhorté ces ministres à renforcer le Programme d'action national sur le changement climatique (PANCC) par des mesures qui permettront au Canada de s'acquitter des obligations que lui impose la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et de préserver sa réputation de chef de file de la lutte contre les problèmes environnementaux planétaires tout en contribuant à placer le Canada à l'avant-garde des économies mondialement concurrentielles du XXIesiècle.
Cet avis a été donné aux ministres fédéraux et provinciaux dans un document intitulé Le Canada et les changements climatiques : défis à relever et perspectives à explorer qui leur a été présenté alors qu'ils se préparent à choisir, lors d'une réunion qui aura lieu le 12 décembre à Toronto, les politiques avec lesquelles le Canada abordera les problèmes que posent les changements climatiques.
Les deux conseils y déclarent que «ce sont des pays industrialisés comme le Canada qui doivent se porter à la tête des efforts déployés dans le domaine...». Ils y précisent également que, même si la réduction des émissions de gaz à effet de serre a surtout pour but d'éviter les dommages que risquent d'entraîner ces changements (ou, au minimum, de faire en sorte que le rythme auquel elles surviennent ne déborde pas les capacités d'adaptation des écosystèmes et des économies), elle peut aussi être perçue comme une occasion de produire des avantages économiques et environnementaux substantiels plutôt que comme un fardeau.
On ne s'attend actuellement pas à ce que le Canada atteigne l'objectif de «stabilisation d'ici l'an 2000» qu'il a accepté avec les autres signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. En fait, les émissions canadiennes de gaz à effet de serre pourraient être au total de 8 à 13 pour cent plus élevées en l'an 2000 qu'en 1990. «Ce type de prévisions donnent à penser que nos dirigeants pourraient décider de ne pas adopter de mesures supplémentaires qui aideraient le Canada à atteindre ses objectifs de stabilisation et, à plus long terme, de réduction des émissions.» indique le mémoire.
Celui-ci avance que le Canada est à même de prendre un nombre notable de mesures de réduction des émissions grâce auxquelles la société économiserait en fait de l'argent (les mesures qui peuvent être prises «sans regrets» ou qui «valent de toute façon la peine»). Il ajoute cependant qu'il faut au préalable adopter de nouvelles politiques.
Les deux conseils recommandent aux ministres soit d'intensifier les efforts actuels, soit de lancer de nouvelles initiatives permettant de mettre en oeuvre des mesures pouvant être prises «sans regrets». Il est notamment possible de renforcer le programme des Mesures volontaires, de faciliter les initiatives municipales, de réduire davantage le nombre de politiques implicites et explicites qui faussent les prix de l'énergie, de mieux soutenir les activités de recherche et développement qui visent à augmenter la part qu'occupent les formes d'énergie renouvelables dans les approvisionnements énergétiques du pays et d'introduire de nouveaux règlements fixant des normes d'efficacité énergétique minimale pour l'équipement, les véhicules et les édifices.
Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat mentionne par ailleurs que la société aura à absorber des coûts plus élevés si elle n'adopte pas dès que possible des politiques encourageant le remplacement du matériel et des installations parvenus au terme de leur durée utile par d'autres qui émettent moins de gaz à effet de serre.
Le mémoire relève également que l'on a jusqu'à présent essentiellement placé l'accent sur la stabilisation des émissions, qui n'est que la première étape dans nos efforts pour faire face aux changements climatiques. «Tous les pays doivent se préparer à mettre en oeuvre des politiques et des mesures qui vont au delà d'une simple stabilisation des émissions afin de procéder à plus long terme à des réductions de ces émissions, une conception dont la validité est implicitement reconnue dans le PANCC.» Lors des négociations internationales, le Canada devrait donc se prononcer en faveur de l'adoption, pour après l'an 2000, d'objectifs nationaux et internationaux réalistes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le mémoire recommande aussi que les ministres entreprennent «d'autres études des mesures à long terme qu'il faudrait prendre pour respecter les objectifs plus rigoureux de réduction des émissions qui, selon le GIEC, doivent être adoptés pour que le but ultime de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques soit atteint».
Les deux conseils estiment qu'une politique vigoureuse en la matière renforcera la position concurrentielle du Canada à l'échelle internationale. «Des perspectives existent dans des domaines comme les petits systèmes décentralisés d'approvisionnement énergétique (p. ex. énergie solaire et éolienne ainsi que petites centrales hydroélectriques), les systèmes qui améliorent à la fois un service et le rendement énergétique, les transports et les modèles de gestion de la croissance qui minimisent l'incidence de l'expansion urbaine sur la production de déchets et la qualité de l'air.»
Le mémoire formule plusieurs autres recommandations, en particulier au sujet de la nécessité d'élaborer des mesures d'adaptation efficaces pour les secteurs clé de l'économie, puisqu'il est probable que le climat changera dans une certaine mesure, et de soutenir un programme scientifique dynamique ayant pour but de répondre aux questions demeurées en suspens en ce qui concerne le système climatique naturel, les répercussions d'une évolution du climat et les possibilités d'adaptation et d'atténuation qui existent.
Les fondements scientifiques du mémoire comprennent notamment le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), qui synthétise les opinions de milliers des climatologues les plus éminents au monde.
«Les chercheurs prévoient maintenant que, si l'on n'intervient pas, le réchauffement moyen du climat planétaire se poursuivra à un rythme intermédiaire, dans la fourchette de probabilité, de 0,2° C par décennie.» précise le mémoire. «La Terre n'a pas connu un réchauffement aussi rapide depuis près de 10 000 ans.»
Les conséquences pour le Canada risquent de comprendre la poursuite de la fonte du pergélisol, une incidence accrue des incendies de forêt et des épidémies d'insectes, une augmentation des problèmes sanitaires dus à la chaleur et au smog dans le sud du pays et, sans doute, un accroissement de la fréquence et de la gravité des événements climatiques extrêmes.
Le mémoire souligne de plus que «les populations autochtones du nord, qui forment déjà l'un des secteurs les plus vulnérables de la société canadienne, seraient affectées par des réajustements écosystémiques auxquels leur expérience historique ne les a peut-être pas préparées. Si de tels réajustements ont lieu à un rythme accéléré, elles risquent d'avoir du mal à s'adapter.» À l'échelle planétaire, ce sont les habitants des pays en développement les plus pauvres qui sont le plus exposés aux effets des changements climatiques et à l'élévation du niveau de la mer qui les accompagneront.
Le Programme canadien des changements à l'échelle du globe, créé en 1985 sous les auspices de la Société royale du Canada, et le Programme climatologique canadien, fondé en 1979, concentrent leurs activités sur les aspects scientifiques des changements climatiques et d'autres transformations de portée planétaire ainsi que sur les questions politiques qu'ils soulèvent. Chacun d'eux est administré par un conseil composé de chercheurs, de dirigeants d'entreprise, d'éducateurs, de représentants d'ONG et de hauts fonctionnaires.
Pour plus de renseignements, communiquer avec :
Karen Mortimer, Programme canadien des changements à l'échelle du globe, La Société royale du Canada, 225, rue Metcalfe, bureau 308, Ottawa (Ontario), K2P 1P9
Tél. : (613) 991-0175; téléc. : (613) 991-6996; courrier élec. : mortimer@rsc.ca;
www : http//datalib.library.ualberta.ca/~cgcp/
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