Répercussions pour le Canada des rapports d'évaluation du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat  Tour d'horizon

par le
Conseil du Programme climatologique canadien
et le
Conseil du Programme canadien des changements à l'échelle du globe de la Société royale du Canada


Table des Matières

Introduction
Les activités humaines modifient-elles le climat?
Quels changements surviendront probablement si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas limitées?
Peut-on s'attendre à des répercussions substantielles?
Que peut-on faire et quel en serait le coût?
Les perspectives à long terme




1. Introduction

Les évaluations du GIEC sont le fruit d'un très large consensus international.

Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) est un organe des Nations Unies qui est chargé de préparer des évaluations consensuelles des aspects scientifiques, techniques et économiques de l'évolution du climat. Dans une série de rapports dont le premier date de 1990, le GIEC a récapitulé la progression de la connaissance de cette question telle que refléter dans les documents techniques publiés. Les rapports du GIEC font intervenir des centaines de spécialistes du monde entier en qualité d'auteurs principaux et sont soumis à l'examen de littéralement plusieurs milliers d'experts ainsi que des gouvernements. Ils représentent donc un large consensus sur une question complexe. Un certain nombre de spécialistes canadiens ont participé à leur préparation en tant qu'auteurs principaux ou en animant le groupe de travail 3 (économie) du GIEC.

Un résumé à jour à l'intention des personnes qui formulent les politiques canadiennes.

Ce résumé des répercussions pour le Canada des Évaluations du GIEC est destiné à aider les personnes qui formulent les politiques au Canada. Il a été préparé par le Conseil du Programme climatologique canadien ainsi que par le Programme canadien des changements à l'échelle du globe de la Société royale du Canada et il place l'accent sur les mises à jour du rapport spécial de 1994 ainsi que sur la version préliminaire de 1995 du deuxième rapport d'évaluation du GIEC. Les extraits des rapports du GIEC sont, sauf mention contraire, tirés des résumés à l'intention des personnes qui formulent les politiques que contiennent les trois chapitres et le Rapport de synthèse ou encore des Résumés techniques.

2. Les activités humaines modifient-elles le climat?

  • L'augmentation des concentrations en gaz à effet de serre entraîne un forçage radiatif positif du climat qui tend à réchauffer la surface de la planète et à engendrer d'autres modifications climatiques.
  • Les concentrations atmosphériques en gaz carbonique (CO2), en méthane (CH4) et en oxyde d'azote (N2O) se sont substantiellement accrues depuis la révolution industrielle, et ce, dans des proportions d'approximativement 30 %, 145 % et 15 % respectivement. Cette tendance à l'augmentation peut être dans une large mesure attribuée aux activités humaines, principalement à l'utilisation de combustibles fossiles et à l'agriculture.
  • Les aérosols troposphériques (particules microscopiques en suspension dans l'air) produits par la combustion de combustibles fossiles, par les fonderies et par la combustion de la biomasse engendrent un forçage radiatif négatif au-dessus de certaines régions.

    Les archives climatiques font ressortir une influence décelable des activités humaines.

  • Depuis la fin du XIXe siècle, la température moyenne à la surface de la planète s'est élevée de 0,3 à 0,6 °C.
  • Les dernières années figurent parmi les plus chaudes depuis 1860, c'est-à-dire depuis que des relevés sont effectués.
  • Une tendance à l'augmentation de la fréquence des précipitations extrêmes a été mise en évidence durant les dernières décennies au Japon, aux États-Unis, dans l'ancienne Union Soviétique et en Chine (GT1, chapitre 3).
  • Les observations effectuées font apparaître l'esquisse d'une réaction climatique au forçage qu'exercent les gaz à effet de serre et les aérosols de sulfate. Ce phénomène se distingue dans la répartition géographique, saisonnière et en altitude des températures. La combinaison de ces constatations met en lumière une influence humaine décelable sur le climat mondial.

Commentaires du CPCC et du PCCEG

Les changements observés sont loin d'avoir été uniformes au Canada : l'ouest et le nord-ouest ont subi un réchauffement certain alors que la côte du Labrador s'est refroidie.

Au Canada, la façon dont les changements observés se répartissent s'est traduite par un réchauffement prononcé de l'hiver et du printemps dans les parties ouest et nord-ouest du pays, par une relative stabilité des conditions dans l'extrême-est et par un refroidissement au large de la côte du Labrador. L'évolution globale de la situation climatique aussi bien que la manière dont les changements se répartissent sur le plan géographique sont dans les grandes lignes conformes aux prévisions des effets des aérosols et des gaz à effet de serre que fournissent les modèles. À l'échelle nationale, il s'est produit un réchauffement statistiquement significatif de 1°C entre 1895 et 1992 (Environnement Canada, Rapport sur l'état de l'environnement 95-1, «L'état du climat au Canada : la surveillance de la variabilité et du changement climatiques», mai 1995. ). Le refroidissement planétaire temporaire de quelques dixièmes d'un degré C qui est survenu en 1992 et 1993 à la suite de l'éruption du mont Pinatubo était prévu de façon raisonnablement exacte par les modèles (MCG) climatiques.

3. Quels changements surviendront probablement si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas limitées?

    Les concentrations de gaz à effet de serre continueront d'augmenter si le gouvernement n'intervient pas.

  • Tous les scénarios IS92 portant sur les émissions futures d'aérosols et de gaz à effet de serre (même celui qui suppose que la croissance démographique sera très faible d'ici l'an 2100) annoncent que les concentrations en gaz à effet de serre iront en s'accroissant d'ici l'an 2100 par rapport aux niveaux qui prévalaient avant l'ère industrielle (p. ex., les augmentations des concentrations en CO2 devraient être de 75 à 200 % et les concentrations en méthane [CH4] de trois à six fois supérieures à celles que l'on connaissait avant l'ère industrielle).
  • Le réalisme croissant des simulations des modèles de couplage climatique de l'océan et de l'atmosphère a renforcé la confiance que nous avons dans les prévisions de l'évolution future du climat qu'ils fournissent.

    Les changements surviendront plus rapidement que jamais au cours des 10 000 dernières années.

  • À partir du scénario intermédiaire d'émissions du GIEC, le scénario IS92a, en prenant la «meilleure estimation possible» du degré de sensibilité du climat et en incluant également les effets (de refroidissement) de l'augmentation prévue des concentrations en aérosols, les modèles annoncent que la température moyenne à la surface de la terre s'élèvera, par rapport à l'époque actuelle, de 2 °C d'ici l'an 2100, la fourchette des estimations allant de 1°C à 3,5 °C. ( Remarque : Si, comme on s'efforce actuellement de le faire en Amérique du Nord et en Europe, on limite les émissions d'aérosols de sulfate afin de réduire les précipitations acides, l'augmentation prévue de la température moyenne résultant uniquement de l'accroissement des concentrations en gaz à effet de serre serait d'environ 2,4 °C d'ici l'an 2100, pour une fourchette de prévisions allant de 0,8 °C à 4,5 °C. ) Dans tous les cas, le taux moyen de réchauffement serait probablement supérieur à ce que la terre a connu au cours des 10 000 dernières années. Les modèles prévoient une élévation moyenne du niveau de la mer d'environ 50 cm d'ici l'an 2100, pour une fourchette d'estimation allant de 15 à 95 cm (compte tenu de l'effet de refroidissement exercé par les aérosols).

    Un climat réchauffé par une augmentation des concentrations en gaz à effet de serre pourrait se caractériser par des pluies plus fortes et des périodes sèches plus longues.

  • De nombreux modèles donnent à penser que la probabilité de précipitations intenses augmentera proportionnellement à l'accroissement des concentrations en gaz à effet de serre. Différentes simulations annoncent par ailleurs pour certaines régions un renforcement de la probabilité de sécheresse et un allongement de la durée des périodes de sécheresse (jours consécutifs sans précipitations).

    Des problèmes scientifiques et des problèmes de mesure urgents ne sont toujours pas résolus.

  • De nombreux facteurs limitent actuellement notre capacité à modéliser l'évolution du climat (et exigent des efforts scientifiques supplémentaires). Plus particulièrement, des lacunes existent dans :
    • les estimations des émissions futures de gaz à effet de serre, d'aérosols et de précurseurs d'aérosols;
    • la représentation des mécanismes climatiques dans les modèles (et plus particulièrement des mécanismes de nébulosité);
    • les observations météorologiques (amélioration des relevés systématiques).

Commentaires du CPCC et du PCCEG


Différentes régions du Canada connaîtront soit un réchauffement substantiel (Nord-Ouest et Centre), soit un refroidissement substantiel (étendues maritimes au large du Labrador).

Les changements de température prévus seraient loin d'être uniformes. On peut s'attendre à un réchauffement beaucoup plus prononcé que la moyenne planétaire dans l'Arctique canadien ainsi que dans le nord-ouest et le centre du Canada alors qu'il est probable que le refroidissement se poursuivrait au large des côtes du Labrador. L'analyse des résultats du modèle du Centre climatologique canadien porte à croire qu'il n'y aurait pas d'augmentation du nombre de cyclones tropicaux (ouragans) mais plutôt une augmentation du nombre de cyclones tropicaux de forte intensité. Ce modèle annonce aussi des conditions plus sèches dans les Prairies. Le Canada devrait renforcer ses efforts de mesure systématique des conditions climatiques et océanographiques qui prévalent sur ses étendues terrestres et maritimes et contribuer aux activités du Système mondial d'observation du climat.

4. Peut-on s'attendre à des répercussions substantielles? (GIEC GT2)

Au Canada, les principaux effets pourraient se faire sentir sur les forêts boréales, la santé, les écosystèmes littoraux et les ressources en eau.

Les effets ressentis à l'étranger, et plus particulièrement l'extension de l'aire d'influence des maladies tropicales, l'élévation du niveau de la mer et la diminution de la production alimentaire dans les pays les plus pauvres, affecteraient indirectement le Canada.

Les transformations climatiques occasionnées par les activités humaines imposent un stress important. L'évolution du climat aura une incidence substantielle sur l'environnement canadien et la société canadienne à la fois directement et indirectement, en conséquence des effets ressentis ailleurs dans le monde. Même si l'évolution du climat présentera certains avantages, les effets préjudiciables, qui pourraient dans certains cas être irréversibles, seront nombreux.

Même s'il est difficile de procéder à des estimations quantitatives des effets qui s'exerceront sur les systèmes écologique et socio-économique à cause des incertitudes qui entourent l'évolution du climat à l'échelle régionale, de notre connaissance limitée de nombre des mécanismes d'incidence climatique et du fait que de multiples facteurs jouent un rôle, de nombreuses études ont identifié des effets potentiels.

Les conséquences pourraient être graves dans le domaine de la santé.

  • Des études réalisées sur des populations urbaines choisies d'Amérique du Nord et d'Asie orientale indiquent que le nombre de décès attribuables à la chaleur serait plusieurs fois multiplié dans le cadre des conditions prévues pour l'an 2050 par deux scénarios. Dans les grandes villes, cela représenterait chaque année plusieurs milliers de morts de plus. Un des modèles calcule que quelque 50 à 80 millions de personnes supplémentaires seraient chaque année frappées par la malaria, pour un nombre total de cas estimés à 500 millions de personnes dans le monde en l'an 2100, en raison des changements climatiques. Cette augmentation de l'incidence de la malaria se produirait principalement dans les zones tropicales et subtropicales ainsi que dans les zones tempérées mal protégées qui se trouvent actuellement en périphérie de zones où la maladie est endémique. En milieu urbain, l'élévation des températures faciliterait l'apparition de polluants secondaires (comme l'ozone) tout en intensifiant l'impact sanitaire de certains polluants atmosphériques.

    Une élévation relativement rapide des températures ainsi qu'un accroissement des incendies de forêt et des invasions de ravageurs pourraient avoir d'importantes conséquences pour la forêt boréale.

  • On s'attend à ce que le climat évolue rapidement par rapport à la vitesse à laquelle les espèces forestières poussent, se reproduisent (dans les forêts boréales) et se réimplantent. Un réchauffement général moyen de 1 à 4 °C au cours des 100 prochaines années équivaudrait à un déplacement des isothermes d'approximativement 160 à 640 km vers le pôle ou, en altitude, de 150 à 650 m. Il faut comparer ces chiffres aux migrations antérieures des variétés d'arbres qui ont été de l'ordre de 4 à 200 km par siècle. Des forêts pourraient donc disparaître dans leur intégralité et être remplacées par de nouveaux écosystèmes.
  • La recrudescence des incendies de forêt et des épidémies de ravageurs auront probablement pour effet de réduire l'âge moyen des forêts, la biomasse qu'elles représentent et les quantités de carbone qu'elles peuvent fixer, l'effet le plus prononcé se faisant sentir à la limite sud, là où la forêt boréale de conifères cédera vraisemblablement la place à des herbages ou à des espèces pionnières de zones tempérées. La production alimentaire ne changerait guère à l'échelle planétaire mais pourrait décliner dans des régions où elle est particulièrement cruciale.
  • Des études effectuées récemment tendent à confirmer que, dans l'ensemble, l'évolution du climat n'aura que des effets restreints ou modérés sur la production agricole mondiale. Toutefois, les conséquences négatives se font sentir plus souvent dans les zones subtropicales et tropicales là où vivent nombre des populations les plus pauvres de la planète que dans les zones tempérées. Les gens qui dépendent de systèmes agricoles isolés dans les régions arides et semi-arides sont ceux qui courent le plus de risques d'être davantage frappés par la famine à cause de l'évolution du climat. Nombre des populations qui sont ainsi exposées à ces risques vivent dans l'Afrique subsaharienne, dans le sud, l'est et le sud-est de l'Asie ainsi que dans la partie tropicale de l'Amérique latine et dans certains pays insulaires du Pacifique.
  • Bien des zones côtières (surtout les estuaires très productifs) et beaucoup de petites îles sont particulièrement exposées aux effets directs de l'évolution du climat et de l'élévation du niveau de la mer. Les estimations actuelles de l'élévation planétaire du niveau de la mer prévoient qu'elle se produira de deux à cinq fois plus vite qu'au cours des cent dernières années.
  • Des changements relativement peu prononcés dans les températures et les précipitations peuvent avoir des effets importants et souvent non linéaires sur le ruissellement et le niveau des lacs, surtout dans les régions arides et semi-arides (ce qui peut avoir des répercussions sur la demande et les ressources en eau ainsi que sur la production hydro-électrique). Même dans les régions pour lesquelles les modèles annoncent une augmentation des précipitations, l'accroissement des taux d'évaporation pourrait entraîner une réduction du ruissellement. Une intensification des pluies aurait par ailleurs tendance à accroître les inondations. Une élévation de 50 cm du niveau de la mer ferait passer de 46 à 92 millions le nombre de personnes qui, dans le monde, sont exposées à des inondations côtières.

Commentaires du CPCC et du PCCEG

Des répercussions néfastes concentrées dans les grandes villes du sud sur la santé des Canadiens.

Pour le Canada, les principaux effets sur la santé dus à la chaleur et à un smog plus fréquent et plus épais seraient probablement concentrés dans les grands centres urbains du sud. Comme le montre l'expérience récente, l'augmentation du nombre des incendies pourrait avoir de graves conséquences pour les forêts et les communautés forestières.

La production agricole des Prairies pourrait augmenter si elle s'adapte à l'évolution du climat et si les pluies sont suffisantes.

Il est possible que la production agricole des Prairies augmente si les températures et les concentrations en CO2 s'élèvent, si l'on prend des mesures d'adaptation et si les pluies sont suffisantes. Il faut toutefois remarquer que certains modèles prévoient des sécheresses plus fréquentes et plus graves. Des études canadiennes et américaines concluent par ailleurs que le niveau des Grands Lacs risque de baisser, ce qui aura des conséquences sur la navigation et la production hydro-électrique.

De grandes étendues du pergélisol qui occupe actuellement plus de la moitié de la superficie terrestre du Canada fondront, ce qui perturbera les paysages et affaiblira les ouvrages d'infrastructure (édifices, gazoducs et oléoducs, routes). Cela aura également pour conséquence de libérer le méthane et les hydrates de gaz que retient le pergélisol, ce qui ajouterait dans l'atmosphère des quantités substantielles de gaz à effet de serre.

Les effets indirects pourraient aussi être importants.

Le Canada serait indirectement affecté puisque le nombre de demandes d'immigration augmenterait (réfugiés environnementaux) et que, dans les régions en développement, les conflits se multiplieraient au sujet des rares ressources disponibles. Ces conséquences pourraient être produites par l'élévation du niveau de la mer, la diminution de la production agricole dans les zones tropicales et subtropicales, la raréfaction des ressources en eau dans les zones critiques et une extension de la zone d'influence des maladies à transmission vectorielle.

5. Que peut-on faire et quel en serait le coût?

On peut résumer comme suit (GT3) les conclusions auxquelles permettent d'aboutir les analyses des textes économiques publiés au sujet de l'évolution du climat :
  • Les estimations du préjudice total net causé par un réchauffement de 2 à 3 °C des températures planétaires tendent à chiffrer celui-ci à quelques points de pourcentage du PIB mondial; les estimations du préjudice, en termes de proportion du PIB, étant considérablement plus élevées pour les pays en développement, et plus particulièrement les petits états insulaires. Il faut toutefois remarquer que ces estimations sont difficiles à réaliser et qu'elles sont donc incertaines et controversées.

    Les estimations du préjudice net causé par les transformations climatiques, préjudice qui est beaucoup plus important dans les pays en développement, incitent à aller au-delà d'une politique «d'absence de regrets».

  • Le risque que fait courir le préjudice total net causé par l'évolution du climat, l'aversion pour le risque et le principe de précaution justifient de prendre des mesures d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre allant au-delà d'une politique «d'absence de regrets».

    Il est possible de prendre des mesures d'amélioration de l'efficacité énergétique qui donneraient des résultats substantiels par rapport à leur coût.

  • Il est possible de réaliser au cours des 20 à 30 prochaines années des gains en efficacité énergétique qui pourraient être de l'ordre de 10 à 30 % de la consommation actuelle et qui soit produiraient des avantages économiques nets, soit auraient un coût net nul (un exemple de mesure «d'absence de regrets»).
  • La fourchette d'estimations par les modèles macro-économiques des coûts pour les pays de l'OCDE de la stabilisation des émissions aux niveaux de 1990 va de -0,5 % du PIB (un gain économique) à +2 % du PIB. Les autres modèles qui privilégient les options technologiques (modèles «ascendants») indiquent que les coûts d'une réduction de 20 % des émissions au cours des 20 à 30 prochaines années dans les pays industrialisés seraient négligeables ou que cette réduction produirait des avantages économiques.

    Les «doubles dividendes» environnementaux et économiques peuvent contribuer à compenser les coûts des mesures d'atténuation.

  • Il existe des compensations potentiellement importantes pour les coûts des mesures d'atténuation, ces compensations étant connues sous l'appellation de «doubles dividendes environnementaux» et «doubles dividendes économiques». Les doubles dividendes environnementaux sont produits parce que les mesures prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ont également pour effet de réduire les émissions d'autres polluants, de substances toxiques, d'acides et de précurseurs du smog. Ce mécanisme, couplé à d'autres avantages secondaires des mesures d'atténuation, débouche sur des avantages économiques qui, ainsi que l'on démontré des études effectuées en Europe et aux États-Unis, compensent au moins 30 % des coûts des mesures d'atténuation. Si l'on parvient à réduire les émissions par l'intermédiaire d'une forme ou d'une autre de taxes sur le carbone ou de taxes à la consommation d'énergie, on peut également obtenir des «doubles dividendes économiques» en utilisant les recettes tirées de telles taxes pour compenser d'autres taxes introduisant davantage de distorsions et aussi pour accroître l'investissement. Dans les cas étudiés, cette combinaison de modifications du régime de taxation permettait de réduire les coûts d'atténuation ou procurait même des avantages nets pour l'économie du pays concerné. (D'après GT3, chapitres 8 et 9.)

    Le reboisement peut entraîner des réductions substantielle des concentrations en CO2.

  • Les études effectuées donnent à penser que de 15 à 30 % des émissions mondiales liées à la consommation d'énergie (sur la base des données de 1990) pourraient être compensées durant une période de 50 à 100 ans par un effort supplémentaire de reboisement puisque les forêts fixent le carbone.

    Le fait de mettre les mesures en oeuvre conjointement avec d'autres pays peut aider à en réduire les coûts.

  • Un programme de «mise en oeuvre conjointe des mesures» par différents pays réduirait les coûts d'ensemble des mesures d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre.
  • Il est probable que la valeur (économique) d'une meilleure information, notamment au sujet des prévisions relatives à l'évolution du climat, des conséquences de cette évolution et des mesures à prendre pour la contrer sera grande.

    Les activités de recherche et développement présentent potentiellement une grande valeur économique.

  • L'analyse des questions économiques et sociales liées à l'évolution du climat, surtout dans les pays en développement où l'on n'a guère effectué d'études de ce genre, constitue également une des grandes priorités de la recherche. Les activités de recherche et développement concernant les techniques d'efficacité énergétique et les sources d'énergie non fossiles offrent elles aussi un grand intérêt potentiel.

    Il est plus avantageux de constituer un portefeuille de mesures que de ne compter que sur une seule mesure d'atténuation ou une poignée de mesures d'atténuation.

  • Si l'on veut faire preuve de prudence dans ce que l'on fait pour contrer l'évolution du climat, il est possible de constituer un portefeuille de mesures d'atténuation, d'adaptation et d'amélioration de nos connaissances, le portefeuille approprié étant bien sûr différent d'un pays à un autre. Le défi ne consiste pas à trouver quelle est aujourd'hui la meilleure politique pour les cent prochaines années mais plutôt à sélectionner une stratégie prudente et à l'ajuster au fil du temps à la lumière des nouvelles informations acquises.

    Toute une gamme d'instruments d'intervention gouvernementale est disponible.

  • Chacun des pays qui cherchent à mettre en oeuvre des politiques d'atténuation peut choisir parmi une vaste gamme d'instruments et de politiques d'intervention comme les taxes sur le carbone, les permis d'émission échangeables, les systèmes de remboursement de dépôts, les normes technologiques, les normes de rendement, les interdictions de certains produits, les investissements gouvernementaux directs et les accords de limitation volontaire. Les campagnes de sensibilisation du public à la nécessité d'utiliser les ressources de façon durable pourraient aussi jouer un rôle important en modifiant les habitudes de consommation et d'autres comportements humains.

Commentaires du CPCC et du PCCEG

Les études réalisées au Canada à propos de la manière dont il est possible d'améliorer de façon rentable l'efficacité énergétique se situent dans la fourchette des chiffres cités précédemment (Voir le sommaire du rapport sur «Les options canadiennes pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre», La Société royale du Canada, 1993. ). L'examen de la gamme des mesures possibles auxquelles s'est livré le Groupe de travail sur les prévisions révèle, tout comme le font des études effectuées dans plusieurs autres pays (voir ci-dessus), qu'elles pourraient être mises en pratique à un coût nul ou même légèrement négatif pour le pays. Le Canada a déjà adopté, comme cela a été proposé, une approche fondée sur un portefeuille de mesures.

6. Les perspectives à long terme

  • On prévoit que, en l'absence de mesures d'atténuation, les émissions de gaz à effet de serre seront au total, durant le siècle prochain, de trois à dix fois supérieures à ce qu'elles ont été au cours des 130 dernières années.

    Même si l'on peut s'attendre à ce que les émissions de gaz à effet de serre soient bien plus importantes à l'avenir, la stabilisation de ces émissions de gaz à effet de serre aux niveaux de 1990 constitue un premier pas dans la bonne direction.

  • Les engagements de stabilisation des émissions aux niveaux de 1990 que les pays signataires de l'Annexe 1 de la Convention-cadre sur les changements climatiques ont pris permettraient, s'ils sont maintenus au-delà de l'an 2000, de réduire les émissions de 8 à 12 % par rapport aux prévisions intermédiaires d'émissions. (Rapport spécial 1994)
  • L'objectif ultime de cette Convention-cadre des Nations Unies, tel qu'il est exprimé dans l'article 2 et qu'il a été accepté par les Parties à la Convention, est de : «... stabiliser conformément aux dispositions pertinentes de la Convention, les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique.»

    L'objectif ultime de la Convention-cadre est de stabiliser les concentrations, ce qui nécessite de procéder à des réductions majeures des émissions au cours du siècle prochain.

  • Pour pouvoir stabiliser les concentrations à des niveaux compris entre des concentrations 25 % supérieures (450 ppmv) à ce qu'elles sont actuellement et un maximum de 2½ fois les émissions préindustrielles (750 ppmv), il faudra aller bien au-delà d'une simple stabilisation des émissions. En fait, la stabilisation des concentrations d'équivalent CO2 à 750 ppmv nécessiterait de ramener au cours des décennies à venir les émissions de CO2 à deux tiers de leur valeur actuelle alors que, pour pouvoir atteindre un niveau de concentration en équivalent CO2 de 450 ppmv, il faudrait ramener les émissions actuelles mondiales à un tiers de leur valeur actuelle. (Version préliminaire du Rapport de synthèse)
  • La mesure dans laquelle n'importe laquelle des conséquences prévues (Partie 4) pourrait être considérée comme «dangereuse» dépend du pays et de la région concernés et suppose de passer un difficile jugement politique. (Commentaires du CPCC et du PCCEG)

    Il faudra prendre des mesures d'adaptation en plus des mesures d'atténuation.

  • Comme la plupart des gaz à effet de serre subsistent longtemps dans l'atmosphère, on s'attend à ce que le climat terrestre se réchauffe davantage et à ce que le niveau de la mer continue de monter même si l'on prend immédiatement des mesures de stabilisation des émissions ou même des concentrations. Par conséquent, en plus d'adopter des mesures d'atténuation, les pays devraient s'efforcer de renforcer leurs capacités à s'adapter à un certain degré d'évolution climatique.
  • Il est possible de réduire les émissions en passant du charbon au pétrole et au gaz naturel, ce dernier fournissant deux fois plus d'énergie que le charbon par unité de carbone contenue dans le combustible. Or, il existe de vastes ressources en gaz naturel dans de nombreuses régions. (Version préliminaire du Rapport de synthèse)

    Des options technologiques de réduction des émissions apparaîtront au cours des prochaines décennies.

  • Les sources d'énergie renouvelables sont suffisamment abondantes pour qu'elles puissent techniquement répondre à l'intégralité des besoins énergétiques de la planète aux niveaux prévus pour le siècle prochain. Le progrès technique offre par ailleurs de nouvelles perspectives d'utilisation de ces sources et de réduction de leurs coûts. (Version préliminaire du Rapport de synthèse)
  • Le captage et le stockage du CO2 émis par les gaz de combustion des centrales thermiques constituent une option réaliste de réductions des émissions de gaz à effet de serre mais cette mesure augmentera de façon substantielle le coût de production de l'électricité. Il serait par ailleurs possible de stoker le CO2 à un coût relativement faible dans les champs de pétrole et de gaz naturel épuisés. (Version préliminaire du Rapport de synthèse)

    Il n'est pas trop tôt pour commencer à planifier les changements fondamentaux à apporter au moment où les équipements sont remplacés.

  • Il faut donner des signaux à long terme appropriés si l'on veut permettre aux producteurs et aux consommateurs de s'adapter de façon efficace par rapport aux coûts aux restrictions imposées sur les émissions de gaz à effet de serre tout en stimulant la recherche et le développement. Le fait de ne pas adopter dès que possible des politiques encourageant un remplacement efficace des équipements parvenus au terme de leur durée utile économique (c.-à-d. au moment où ils doivent être remplacés) impose un coût économique à la société. Il est probablement moins coûteux de mettre en oeuvre des normes de réduction des émissions se situant à des niveaux qu'il est possible de respecter dans le cadre du remplacement normal des équipements que de contraindre les gens à les remplacer prématurément dès maintenant.

Commentaires du CPCC et du PCCEG

Certaines perspectives spéciales de substitution de sources d'énergie s'offrent au Canada.

Les vastes réserves de gaz naturel dont dispose le Canada et le degré de perfectionnement que certaines techniques d'utilisation des formes d'énergie renouvelable ont atteint offrent à ce pays des perspectives spéciales.

Les particuliers doivent être encouragés à contribuer à la résolution du problème.

La réalisation de l'objectif à long terme de la Convention sur les changements climatiques exigera des modifications majeures des habitudes de consommation et d'approvisionnement en énergie et en matériaux. Les changements nécessaires imposeront aussi des modifications majeures des attitudes et des comportements de Canadiens comme du reste de la population mondiale. Il est urgent d'inculquer aux gens un sentiment beaucoup plus intense de responsabilité à l'égard de notre petite planète et de leur montrer comment chacun peut faire sa part et il faudrait donc renforcer les programmes de sensibilisation.

Les pays de toutes les parties du monde doivent être amenés à participer aux efforts d'atténuation.

À long terme, il sera nécessaire d'agir de façon concertée à l'échelle planétaire puisque, même si les régions industrialisées sont maintenant à l'origine des deux tiers des émissions industrielles de CO2 , les pays actuellement en développement porteront au cours des 25 prochaines années leur part à un peu plus de la moitié du total planétaire dans le cadre des scénarios de «statu quo». Cette constatation fait clairement ressortir la nécessité d'entamer, sous l'égide de la Convention-cadre sur les changements climatiques, des négociations diplomatiques vigoureuses venant compléter les mesures prises à l'échelle nationale.


Also available in english under the titleImplications for Canada of Intergovernmental Panel on CLimate Change Assessment Reports - An Overview


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