Le Canada et les changements climatiques: défis à relever et perspectives à explorer
Mémoire aux ministres de l'énergie et de l'environnement provinciaux et fédéraux du Canada
soumis par
le Conseil du Programme canadien des changements à l'échelle du globe
et le
Conseil du Programme climatologique canadien
Novembre, 1996
Le défi
L'état des connaissances climatologiques
La science continue de soutenir l'action
Les dimensions internationales
Les changements climatiques menacent surtout les plus démunis
Le monde industrialisé est à la tête des initiatives prises dans le domaine
Un accord doit être conclu au sujet de la manière la plus équitable d'établir des distinctions entre les responsabilités des différents pays en vertu de la Convention-cadre
La position actuelle du Canada
Le Canada estime actuellement qu'il n'atteindra pas l'objectif de "stabilisation d'ici l'an 2000"
Le Canada a fait des progrès mais a tendance à négliger les améliorations passées
Les raisons d'agir
Le rôle fondamental du marché
Une politique dynamique à l'égard des changements climatiques peut renforcer la compétitivité du Canada
Recommandations
Notes
Ce mémoire commun du Programme canadien des changements à l'échelle du globe (PCCEG) et
du Programme climatologique canadien (CPCC) est la synthèse des opinions d'un vaste échantillon
de chercheurs, d'universitaires et de spécialistes
fédéraux et provinciaux du Canada. Il a été préparé à la
demande des membres des conseils d'administration du
PCCEG et du PCC, et deux ébauches ont été soumises
à l'attention de plus de 50 d'entre eux. Certains de
ceux-ci ont également fait circuler ces ébauches au sein
de l'organisation où ils travaillent.
Le produit qui résulte de ce processus est le reflet de
la majorité des commentaires qui ont été émis par
les membres à titre individuel, et ne représente donc
pas nécessairement la position officielle des
organismes qu'ils représentent. Il s'appuie sur les
dernières informations qui ont été rendues publiques par
la Convention-cadre sur les changements climatiques
et le Deuxième rapport d'évaluation du
Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du
climat (GIEC). Le mémoire part du principe que le Canada
et les autres pays doivent réduire leur quantité
totale d'émissions de gaz à effet de serre. Il considère
que cette nécessité, plutôt que de constituer un
fardeau, ouvre en fait de nouvelles possibilités. Après avoir
passé en revue les fondements scientifiques du
défi qui se pose à nos modèles actuels de développement, il
en définit les dimensions politiques
internationales en précisant la place qu'occupe le
Canada dans ce cadre international, les
justifications économiques et
sociales des mesures à prendre pour infléchir graduellement
nos orientations, les modalités d'utilisation des
instruments du marché et les possibilités de renforcement de
la compétitivité. Il présente en dernier lieu une série
de recommandations.
L'an dernier, le GIEC a diffusé un document de 2
000 pages divisé en trois tomes qui constitue son
évaluation de l'état des connaissances de l'évolution du
climat, des conséquences techniques et scientifiques de
celle-ci, des mesures d'atténuation et d'adaptation
qui peuvent être prises ainsi que des
dimensions économiques et sociales de cette évolution
climatique. On a dit de ce rapport, qui est le fruit de trois ans
de travail et qui a été soumis à l'examen de plus de 2
000 scientifiques à l'échelle internationale, qu'il
est «l'évaluation la plus complète et la plus digne de
foi des connaissances de l'évolution du climat, de ses
effets et des mesures d'intervention entre lesquelles
nous pouvons maintenant choisir»1.
À un moment où le Canada, comme bien d'autres
pays, analyse ce qu'il peut faire pour respecter
les engagements qu'il a pris en ce qui concerne
les changements climatiques, ce mémoire s'efforce
de donner un contexte à l'énorme quantité de documents qui ont été produits au sujet de ces changements et
de contribuer au débat qui doit être entrepris pour que
le Canada puisse formuler des politiques rationnelles à
cet égard. Il a pour but de renseigner les ministres
fédéraux et provinciaux de l'énergie et de l'environnement et
de stimuler les échanges de vues entre eux pendant
qu'ils inventorient les progrès réalisés jusqu'à présent en
ce qui concerne les moyens d'affronter ces
changements climatiques. Le mémoire fait rapidement le tour de
l'état des connaissances en la matière, souligne certains
aspects fondamentaux de la scène internationale et passe en
revue quelques unes des options stratégiques que les
ministres pourraient vouloir prendre en considération
relativement à l'orientation future des politiques canadiennes sur
les changements climatiques2.
Maintenant que le Deuxième rapport d'évaluation
du GIEC a été rendu public, il n'est plus possible
de s'appuyer sur les incertitudes scientifiques qui
entourent la question de l'évolution du climat pour renvoyer
son étude à une date ultérieure. Les tendances
climatiques qui s'imposent aujourd'hui sont conformes
aux extrapolations des modèles de forçage radiatif
provoqué par les gaz à effet de serre et les aérosols. Le GIEC
fait néanmoins remarquer que des incertitudes subsistent
à propos de la rapidité avec laquelle les changements
se produiront, surtout au palier régional. Étant donné
la diversité des types d'émissions qui pourraient avoir
lieu à l'avenir et puisque l'on ne sait pas encore très
bien comment le système climatique réagira à
une intensification du forçage radiatif, le GIEC a décidé
de décrire un éventail de résultats possibles. Il n'en
reste pas moins que l'augmentation attendue des émissions
à l'échelle mondiale rend inévitable une certaine
forme d'évolution du climat. Le défi consiste à
freiner suffisamment le rythme du changement pour que les écosystèmes et les économies parviennent à s'y
adapter. Il est donc nécessaire de prendre une série de
mesures pour limiter les émissions et s'adapter aux
changements qui sont inéluctables. La limitation des
émissions doit faire l'objet d'un effort planétaire au sein duquel
le Canada devrait continuer de jouer un rôle actif.
Le Canada n'échappera pas aux conséquences
d'une modification du climat. Même si certaines d'entre
elles seront positives, nombre des tendances auront, si
elles se maintiennent tel que prévu, des effets
perturbateurs sur notre environnement, sur notre économie, sur
nos collectivités, sur notre qualité de vie et aussi sur
celle des générations futures.
Le rythme auquel les changements surviendront
n'est cependant pas immuable. Le Canada et d'autres
pays ont commencé à agir et n'ont pas encore épuisé la
liste des politiques qui, tout en réduisant les émissions
de gaz à effet de serre, procureraient des avantages nets
à la société dans son ensemble. Le GIEC fait
remarquer qu'il «est prudent, pour s'attaquer au problème
de l'évolution du climat, de passer par toute une
gamme de mesures d'atténuation, d'adaptation
et d'approfondissement des connaissances. La gamme appropriée dépend
de chaque pays. Le problème n'est pas de définir aujourd'hui la meilleure politique
pour les cent ans à venir, mais de choisir une stratégie
avisée et de l'adapter ultérieurement à la lumière des
progrès des connaissances.»3
Le Canada suit cette voie. En février 1995, il a
adopté un Programme national d'action sur le
changement climatique et, en décembre 1996, les ministres
de l'environnement et de l'énergie passeront en revue
les progrès réalisés. Cet examen offrira au
Canada l'occasion de tirer avantage de l'expérience
accumulée au cours des dernières années, aussi bien par
lui-même que dans d'autres pays, et d'adopter des mesures
qui lui permettront de profiter des perspectives
ouvertes par les changements climatiques tout en respectant
ses engagements. Les modifications apportées
au Programme national d'action devraient montrer
que le Canada est disposé à se fixer des objectifs et
des échéanciers clairs. La stratégie révisée devrait
aussi être conforme à la vision canadienne
d'un développement durable où les préoccupations
sociales, environnementales et économiques sont
pleinement intégrées dans les pratiques et les
politiques.4 En plus de continuer de suivre les principes définis dans
le Programme national d'action, toute révision doit :
- faire en sorte que les réductions d'émissions
soient effectuées au moindre coût possible;
- préparer une action gouvernementale qui
réalisera le plein potentiel de mesures qui
sont économiquement efficaces pour l'ensemble de
la société;
- instaurer un équilibre approprié entre les
mesures d'atténuation et d'adaptation;
- inciter le marché à trouver des solutions
novatrices; et
- prévoir que d'autres voies de
développement puissent être empruntées et garantir que le
système énergétique en place permettra au
Canada d'exploiter les créneaux concurrentiels que
l'avenir pourrait dévoiler.
La science continue de soutenir l'action
Une large majorité des climatologues les plus émi-
nents au monde convient maintenant que «Les
faits observés les variations de la température
moyenne mondiale de l'air à la surface et du profil
spatial, saisonnier et vertical des températures
dans l'atmosphère en particulier concordent pour
indiquer une influence perceptible de l'homme sur le
climat.5 Cette conclusion se fonde sur des comparaisons
des tendances climatiques observées avec les
phénomènes que, selon les estimations des modèles climatiques,
les émissions anthropiques auraient dû déclencher
jusqu'à présent. Voici quelques-unes des tendances qui ont
été observées par le GIEC (ou les autres personnes
ou organismes mentionnés en bas de page) :
- retrait des glaciers autour du monde et fonte
du pergélisol dans certaines régions du Canada et
de la Russie;
- augmentation de 0,3° C à 0,6° C de la
température planétaire moyenne depuis la fin du
XIXe siècle accompagnée d'une élévation de 10 à
25 centimètres du niveau de la mer;
- réchauffement statistiquement significatif du
centre et du nord-ouest du Canada avec
refroidissement dans les zones littorales du Labrador;
- forte augmentation à l'échelle mondiale des
pertes économiques dues à des événements
climatiques extrêmes, des pertes beaucoup plus importantes
que celles attendues à la suite d'une exposition
accrue des populations et de l'infrastructure aux
risques climatiques6;
- augmentation du nombre de jours très
pluvieux (>50 cm/jour) à l'échelle des
États-Unis continentaux, un phénomène qui, selon
les chercheurs, n'a qu'une chance sur mille de tenir
à des variations d'un climat normal.7
Les chercheurs prévoient maintenant que, si
l'on n'intervient pas, le réchauffement moyen du
climat planétaire se poursuivra à un rythme intermédiaire,
dans la fourchette de probabilité, de 0,2° C par décennie.
La Terre n'a pas connu un réchauffement aussi
rapide depuis près de 10 000 ans.
L'évolution actuelle du climat risque de se traduire
pour le Canada, d'après les résultats présentés par le
GIEC, par une incidence accrue des incendies de
forêt8 et des épidémies d'insectes, une augmentation des
problèmes de santé dus à la chaleur et au smog dans le sud
du Canada, un dégel du pergélisol et, sans doute,
un accroissement de la fréquence et de la gravité
des événements climatiques
extrêmes.9
Les milieux gouvernementaux de la planète
se demandent actuellement quelles devraient être les
étapes qu'il faudrait franchir sous l'égide de la
Convention-cadre des Nations Unies sur les
changements climatiques. Dans ce contexte, trois facteurs
méritent d'être mis en lumière.
Les changements climatiques menacent surtout
les plus démunis
À l'échelle mondiale, le GIEC signale que
les estimations disponibles des dommages annuels nets
et des coûts d'adaptation pour les scénarios
climatiques prévoyant un doublement de la concentration de
CO2 sont d'environ 1 à 2 pour cent du produit intérieur
brut (PIB) pour les pays industrialisés et 2 à 9 pour cent
du PIB pour les pays en développement. Ces derniers,
et surtout les petits états insulaires, sont beaucoup
plus exposés aux effets d'un changement de climat à
cause de leur éloignement et de leur insularité, de
leur vulnérabilité face aux catastrophes naturelles et de
leur dépendance aux exportations.
Au Canada, les résultats de l'Étude d'impact sur
le bassin du Mackenzie révèlent que les
populations autochtones du nord, qui forment déjà l'un des
secteurs les plus vulnérables de la société canadienne,
seraient affectées par des réajustements
écosystémiques auxquels leur expérience historique ne les a
peut-être pas préparées. Si de tels réajustements ont lieu à
un rythme accéléré, elles risquent d'avoir du mal
à s'adapter.10
Le monde industrialisé est à la tête des
initiatives prises dans le domaine
Le monde industrialisé est dans une large
mesure responsable de l'augmentation progressive de
la concentration de CO2 et autres gaz à effet de serre
dans l'atmosphère11. En 1995, les pays industrialisés ont
été à l'origine d'approximativement les deux tiers
de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre.
La part prise par le Canada dans ce total figure parmi
les plus élevées, par habitant, de tous les pays puisque,
avec seulement 0,5 pour cent de la population mondiale,
le Canada produit quatre fois cette proportion, soit 2
pour cent, des émissions mondiales. Mais la plus
forte croissance des émissions se situe maintenant dans
les pays en développement et, durant la troisième
décennie du XXIe siècle, ceux-ci pourraient être à l'origine
de plus de la moitié du total annuel des émissions.
Même si, à long terme, il est essentiel que la
réaction soit planétaire, les pays en développement ont
maintes fois indiqué qu'ils n'envisageront d'agir à leur tour
que lorsque le monde industrialisé aura rempli
les engagements que lui impose la Convention-cadre
des Nations Unies sur les changements climatiques. Ce
sont donc des pays industrialisés comme le Canada
qui doivent se porter à la tête des efforts déployés dans
le domaine, en partie à cause de la responsabilité
qu'ils doivent assumer pour les émissions passées et
actuelles et en partie parce qu'ils ont les moyens
scientifiques, technologiques et économiques d'intervenir.
De plus, les mesures que le Canada pourrait
prendre afin de limiter ses propres émissions et d'aider les
pays en développement à en faire autant pourraient avoir
de substantielles retombées économiques favorables.
Le GIEC déclare en conclusion que «Les
analyses indiquent que les pays en voie de
développement auraient des possibilités considérables de réduire à
bas prix les émissions de dioxyde de carbone dues
aux combustibles fossiles. Les voies de développement
qui augmentent l'efficacité énergétique, encouragent
les technologies énergétiques alternatives, réduisent
le déboisement et favorisent la productivité agricole et
la production de biomasse énergétique peuvent
être bénéfiques sur le plan
économique.»12 Il s'agit là de domaines où certaines techniques canadiennes
ont acquis une réputation mondiale. Étant
donné l'intensification rapide de la concurrence
internationale dans les techniques d'efficacité énergétique
et d'utilisation des énergies renouvelables, une
réaction mondiale vigoureuse aux changements
climatiques pourrait contribuer à ouvrir des marchés
d'exportation supplémentaires aux entreprises canadiennes.
Un accord doit être conclu au sujet de la
manière la plus équitable d'établir des distinctions entre
les responsabilités des différents pays en vertu de
la Convention-cadre
La Convention-cadre sur les changements
climatiques permet aux pays signataires de décrire les
conditions nationales particulières qui pourraient influer sur
les mesures qu'ils peuvent prendre pour contrer
les changements climatiques.13 Maintenant que des négociations sont en cours au sujet des
prochaines actions que les Parties à l'Annexe
I14 doivent considérer, et puisqu'il est possible que ces actions puissent
mettre en jeu des objectifs juridiquement contraignants
de limitation des émissions, les échanges de
vues portant sur la façon de tenir compte des circonstances qui
sont propres à chaque pays revêtent une
importance supplémentaire. Le Canada a indiqué qu'il est «un
pays grand consommateur d'énergie du fait
de caractéristiques uniques comme sa faible
densité démographique, des grandes distances qui séparent
ses centres urbains, de la rigueur de son climat, de
modes de vie relativement aisés et d'une dépendance à
l'égard d'activités économiques
énergivores.»15 Certaines études faites au sujet de ces facteurs confirment
que, même si l'on tient compte de ces
circonstances nationales particulières, le Canada se caractérise par
une intensité énergétique relativement forte et une
efficacité énergétique moindre que celle d'autres
pays industrialisés, notamment des
concurrents comme le Japon et les pays d'Europe16.. Quelques pays ont
ajusté leurs références pour les émissions de 1990 afin
d'y intégrer les anomalies de température et le
commerce des services énergétiques, ce dernier aspect
constituant une question importante pour le Canada. Si l'on
veut pouvoir bâtir une base de négociation crédible, il
faut identifier et quantifier en détail la nature de
telles circonstances et l'incidence qu'elles ont
effectivement sur les émissions de gaz à effet de serre par rapport
aux autres pays et aux étapes suivantes de la
Convention17. Cette comparaison devra tenir compte des
modifications démographiques qui sont survenues durant les
années 90 ainsi que de l'évolution que l'efficacité
énergétique a connue dans de nombreux secteurs industriels.
Il est important de tenir compte de deux facteurs
lorsque l'on examine où se situe le Canada à l'égard
des changements climatiques : le fait que l'on s'attend à
ce que nous ne respections pas l'objectif de
stabilisation des émissions et, d'autre part, les bases de
cette prévision.
Le Canada estime actuellement qu'il
n'atteindra pas l'objectif de «stabilisation d'ici l'an 2000»
Entre 1990 et 1994, les émissions canadiennes de
CO2 ont augmenté de 5 pour cent. Les émissions
de l'ensemble des gaz à effet de serre, quant à elles,
se sont accrues de 6 pour cent18, soit le double du
rythme mondial. Les extrapolations effectuées donnent à
penser que si rien n'est fait pour infléchir cette tendance,
le total des émissions canadiennes de gaz à effet de
serre pourraient être en l'an 2000 de 8 à 13 pour
cent supérieures à celles de 199019.
La Convention-cadre sur les changements
climatiques oblige les Parties à l'Annexe I à fournir des
prévisions de leurs émissions de gaz à effet de serre pour l'an
2000. Un résumé de ces prévisions officielles a été
présenté en juillet 1996 lors de la deuxième Conférence
des Parties.20 Les prévisions pour l'ensemble des gaz à
effet de serre21 (et non pas juste le CO2) montrent que,
sur les trente pays qui avaient déposé un rapport au
mois de juillet 1996, le Canada fait partie d'un groupe
de seulement sept pays qui estiment qu'ils ne
réussiront pas à maintenir un écart de moins de 5 pour cent
avec l'objectif de stabilisation (les autres sont l'Australie,
la Finlande, la Grèce, l'Irlande, le Portugal et
l'Espagne). Les 23 autres pays annoncent publiquement
qu'ils atteindront à peu près cet objectif, soit grâce
aux mesures qu'ils ont prises, soit à cause de
circonstances économiques indépendantes des
changements climatiques.22
Jusqu'à présent, l'accent a été fortement placé
sur l'objectif de «stabilisation des émissions». Cet
objectif à court terme ne devrait cependant pas faire perdre
de vue les conclusions du GIEC, selon lequel, pour stabiliser la
concentration mondiale de CO2 à
moins de deux fois le niveau préindustriel, «la
moyenne annuelle globale des émissions ne devra
pas dépasser la moyenne actuelle globale au cours du siècle
prochain et devra même devenir nettement inférieure avant
la fin et au-delà du XXIe
siècle.»23 Tous les pays doivent se préparer à mettre en oeuvre des politiques et
des mesures qui vont au delà d'une simple stabilisation
des émissions afin de procéder à plus long terme à
des réductions de ces émissions, une conception dont
la validité est implicitement reconnue dans le
Programme d'action national sur le changement climatique
du Canada.24
Le Canada a fait des progrès mais a tendance
à négliger les améliorations passées
Ce qui a été fait récemment au Canada apporte la
preuve de l'intérêt que présentent de saines politiques
de promotion de l'efficacité énergétique qui
débouchent sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre.
De 1973 à 1990, l'économie du Canada a connu
en moyenne une croissance de 3,3 pour cent par an.
Durant la même période, les émissions de
CO2 n'ont augmenté que de 1 pour cent (figure 1). La faiblesse globale
de cette augmentation des émissions durant ces
décennies de croissance économique est liée au fait que le
Canada a instauré des manières plus efficaces de produire
des biens, a profité du renforcement de la part prise par
les sources d'énergie renouvelables et le gaz naturel
dans sa production énergétique, s'est doté de
centrales nucléaires supplémentaires et a
bénéficié d'améliorations tenant à des modifications
structurelles de son économie.
Même si certaines réductions des émissions
peuvent être attribuées à la récession économique du début
des années 80, une bonne partie des innovations
se rattachant au renforcement de l'efficacité
énergétique sont le fruit de décisions économiques et de
politiques et programmes de stimulation de cette efficacité.
Les pénuries de carburant qui ont marqué la fin des
années 70 et l'augmentation des prix de l'essence et du
mazout qu'elles ont entraîné ont amené la population à
réclamer des automobiles plus petites, des moteurs
moins gourmands et des mesures d'économie de
la consommation résidentielle d'énergie. Les
entreprises ont réagi en introduisant de nouveaux
produits consommant moins d'énergie; les gouvernements
ont mis en place des stimulants, des règlements
favorisant l'efficacité énergétique et des
programmes d'information ayant pour but de réduire la demande;
la population s'est rendue compte que les
ressources énergétiques mondiales classiques ne sont
pas inépuisables.
Il est possible que les prévisions canadiennes
actuelles des émissions futures sous-estiment
les gains en efficacité énergétique qui peuvent être réalisés au
sein de l'économie25. Les hypothèses sur lesquelles
elles s'appuient en termes de demande
énergétique, d'amélioration de l'efficacité énergétique et de taux
de croissance économique sont en effet un
facteur déterminant dans l'écart que prévoit le Canada
par rapport à son objectif de stabilisation pour l'an
2000. Ressources naturelles Canada a fait ressortir le
degré de sensibilité qui caractérise ces hypothèses
dans l'édition 1994 de Perspectives énergétiques du
Canada. Lorsqu'il prépare des prévisions d'émissions, le
Canada, à l'inverse de ce que font d'autres pays, décrit ce
qui risque d'arriver en l'absence de nouvelles politiques
et mesures. Ce type de prévisions donnent à penser
que nos dirigeants pourraient décider de ne pas adopter
de mesures supplémentaires qui aideraient le Canada
à atteindre ses objectifs de stabilisation et, à plus
long terme, de réduction des émissions. De
nouveaux scénarios devraient donc être élaborés lorsque
de nouvelles mesures sont considérées afin de
montrer quels pourraient en être les effets et de contribuer
à éclairer le débat.
Tant que les dirigeants canadiens n'auront pas une
idée claire de ce que donnera, par exemple, le
Programme des Mesures volontaires et du Registre (MVR), il
sera difficile d'identifier la gamme des ajustements
qu'il faudrait peut-être apporter au programme et les
mesures supplémentaires qui s'imposent. Les études qui se
sont penchées sur les résultats auxquels les
programmes volontaires ont abouti dans d'autres
pays26 ont constaté que les deux caractéristiques essentielles des
meilleurs programmes sont la clarté des objectifs et la mise
en place de programmes efficaces de suivi de la performance des
entreprises27. Une fois que les résultats des efforts volontaires des entreprises
canadiennes seront connus, les ministres souhaiteront peut-être
voir comment le programme canadien pourrait être
renforcé dans le contexte général des mesures
volontaires potentielles, qui vont du système hollandais
fortement structuré qui s'organise autour de pactes quasi
juridiques avec l'industrie aux dispositions qui sont
actuellement priviligiées aux États-Unis.
La réduction des émissions de gaz à effet de serre
a principalement pour but d'éviter les dommages
que risquent d'entraîner les changements climatiques.
Il importe cependant, lorsque l'on évalue les coûts de
la réduction des émissions, d'étudier les coûts nets,
c'est-à-dire les coûts bruts des stratégies de réduction
amputés de la valeur des effets secondaires positifs de
ces stratégies.28 Il existe trois types d'effets
secondaires positifs :
- le coût de la mise en oeuvre de certaines
mesures est inférieur aux économies sur lesquelles
elles débouchent (p. ex., les mesures
d'efficacité énergétique qui économisent plus d'argent
qu'elles n'en coûtent);
- un double dividende économique qui peut,
par exemple, être tiré du réinvestissement
des recettes qu'engendre une mesure spécifique
de réduction du fardeau fiscal pesant sur une
activité économique on pense notamment aux taxes
sur l'emploi et l'investissement ou, pour prendre un autre exemple, des débouchés commerciaux
des techniques qu'exigent les mesures de réduction
des émissions;
- un double dividende environnemental peut
être fourni par les effets positifs qu'exerce une
réduction des émissions de gaz à effet de serre sur
d'autres problèmes environnementaux (p. ex., smog
urbain et ozone troposphérique, contaminants
toxiques, etc.).
Tous ces effets secondaires positifs peuvent réduire
ou compenser les coûts bruts des mesures de réduction
des émissions. Puisqu'il existe des mesures dont les
effets secondaires ont une valeur supérieure aux coûts
bruts, il est possible d'en identifier dans le cadre de
la réduction des émissions de gaz à effet de serre,
que l'on qualifie de «sans regrets»29 ou «qu'il vaut la
peine de réaliser de toute façon». La réalisation d'un
tel potentiel devrait être l'un des objectifs
fondamentaux initiaux de toute politique climatique.
L'expression «sans regrets» n'implique pas que de
telles mesures n'ont pas d'effets négatifs mais
simplement que, dans l'ensemble, leurs avantages sociaux
sont supérieurs à leur coût. Deux points doivent être mis
en évidence. Tout d'abord, certains groupes et
certaines industries ou régions peuvent avoir à supporter,
pour toute mesure «sans regrets», plus de coûts qu'ils
ne retirent d'avantages, et ce, même si l'effet
est globalement positif. Cette réalité porte à croire
qu'il faut chercher à trouver des façons appropriées de
répartir les avantages nets entre les gagnants et les
perdants. Ensuite, les stratégies «sans regrets» comprennent à
la fois des mesures qui engendrent des avantages économiques pour ceux qui les prennent (la
première catégorie d'effets secondaires énumérés ci-dessus)
et des mesures qui profitent à l'ensemble de la
société (les doubles dividendes économiques
et environnementaux). Les gouvernements ont un
rôle essentiel à jouer dans la concrétisation des
avantages sociaux associés à ces derniers. Il ne serait
pas raisonnable de demander à des entreprises ou à
des particuliers d'assumer à eux seuls des coûts
qui produisent des économies pour l'ensemble de la
société. Il faut donc que les gouvernements prennent
des dispositions ayant pour but de réaliser l'intégralité
des économies que permettent les mesures pouvant
être adoptées «sans regrets».
Après avoir passé en revue les documents publiés
au sujet de ces effets secondaires positifs, le Groupe
de travail III du GIEC a conclu que :
«Malgré de vastes différences
d'opinions [entre les tenants d'une approche macro-économique reposant sur les
modèles descendants et ceux favorisant les
modèles ascendants], les auteurs
consultés conviennent qu'il est possible d'obtenir
des gains d'efficacité de l'ordre de 10 à 30
% par rapport à la tendance de base au
cours des 20 à 30 prochaines années pour un
coût net négatif ou nul (un coût net
négatif correspondant à un bénéfice
économique). Sur un plus long terme, qui permet
une rotation plus complète du stock de
capital et qui donne aux politiques de recherche-développement et de transformation du marché une chance de se répercuter
sur plusieurs cycles de remplacement, le potentiel d'une politique «sans regrets»
est nettement plus élevé.»30
Le potentiel représenté par les mesures qu'il serait
«bon de prendre de toute manière» n'est bien sûr qu'un
aspect de la question. Lorsque l'intégralité du potentiel
des mesures «sans regrets» aura été exploité, les
milieux dirigeants devront déterminer les coûts
supplémentaires qui peuvent être justifiés afin d'éviter les dégâts
que risquent d'entraîner les changements
climatiques. Comme l'ont déclaré les membre du Groupe de
travail III du GIEC :
«La littérature indique que la plupart
des pays ont la possibilité de prendre des mesures «sans regrets». Le risque global
net de dommages imputables à l'évolution
du climat, la prise en compte de l'aversion pour le risque et le principe de
précaution justifient l'adoption de mesures
plus ambitieuses que les mesures «sans
regrets».»31
Il existe au Canada un nombre substantiel de
mesures `qu'il vaut la peine de prendre de toute façon', qui
ont été décrites dans différentes
études32 et qui économiseraient de l'argent à la société mais
qui resteront lettre morte en l'absence de
nouvelles politiques. De plus, tout comme les autres pays,
le Canada devrait, pour des raisons économiques
et d'équité, aller au-delà de ce qu'il serait «bon de
faire de toute manière» puisque certaines
politiques climatiques coûteraient moins cher à mettre en
oeuvre que les dégâts qu'occasionneront les
changements climatiques. Même si ces derniers risquent d'être
plus graves dans les pays en développement que dans
les régions industrialisées, le Canada bénéficierait lui
aussi de la minimisation des dommages dus à une
évolution climatique que permettrait une action
internationale concertée.
Les milieux dirigeants peuvent choisir entre toute
une gamme de moyens de stimuler l'adoption de
mesures «sans regrets» qui, dans certains cas, sont en cours
de mise en oeuvre par diverses administrations du
pays. Voici quelques exemples :
- instauration d'une réglementation fixant des
normes d'efficacité énergétique;
- élaboration de programmes communautaires
de modernisation d'édifices;
- introduction de stimulants financiers
favorisant l'adoption de techniques efficaces sur le
plan énergétique;
- mise en oeuvre de mesures utilisant les forces
du marché (p. ex. systèmes de permis
échangeables, rabais tarifaires, etc.);
- instauration de programmes d'information encourageant l'efficacité énergétique; et
- introduction de programmes favorisant les substitutions de combustibles qui permettraient
de mieux exploiter les vastes réserves de gaz
naturel du Canada en en faisant un des
combustibles privilégiés de la transition vers des
sources d'énergie renouvelables.
Étant donné le potentiel qu'offrent les mesures
«sans regrets» pour ce qui est de relever le défi posé
par l'évolution du climat en mettant le secteur privé
à contribution, on peut affirmer que de telles
mesures devraient impérativement constituer un élément
central du cheminement que doit maintenant suivre
le Programme national d'action.
Le rôle fondamental du marché
Le secteur privé a montré qu'il est prêt à faire sa
part dans les mesures instaurées par le Canada pour
faire face aux changements climatiques. Plus de
600 entreprises et organisations qui sont à l'origine de
plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre
du Canada se sont inscrites dans le cadre du
programme Mesures volontaires et Registre.
Les étapes suivantes devraient faire appel aux
forces du marché de manière à envoyer aux décideurs
du secteur privé les signaux de prix qui conviennent et
à les inciter à prendre des dispositions qui, en plus
de réduire les émissions de gaz à effet de
serre, engendreront des doubles dividendes prenant la
forme d'avantages économiques et
environnementaux supplémentaires.
Il est crucial que de tels signaux soient envoyés si
le Canada veut pouvoir atteindre ses objectifs à court et
à long terme de limitation des émissions. Notre
mémoire de l'an dernier exhortait les ministres à rechercher
les moyens les plus efficaces, par rapport à leur coût,
de réaliser les objectifs de réduction future des
émissions. Nous avons fait remarquer que ces signaux doivent
être envoyés dès que possible afin que les décisions
prises aujourd'hui au sujet du renouvellement des
équipements tiennent compte de la nécessité d'adopter des
techniques qui sont énergétiquement efficaces. Nous avons
aussi relevé que, parmi le genre de nouvelles initiatives
qu'il est nécessaire de prendre, il existe des
instruments économiques bien conçus comme les redevances
sur les émissions et les permis échangeables. Or,
le Deuxième rapport d'évaluation du GIEC tire
la conclusion que «des politiques souples et d'un
bon rapport coûts-efficacité reposant sur des incitations
et des instruments économiques ainsi que la
coordination des instruments devraient pouvoir
réduire considérablement le coût d'atténuation ou
d'adaptation ou accroître la rentabilité et l'efficacité des mesures
de réduction des émissions» et que «Si une
politique d'incitation à des investissements permettant
de remplacer efficacement les installations et
l'équipement à la fin de leur durée de vie utile n'est pas adoptée
aussi rapidement que possible, la société devra payer le
prix économique de cette inaction.»33
Les systèmes de permis échangeables offrent
une solution possible. Les dirigeants des grandes
entreprises internationales étudient d'ailleurs actuellement
la possibilité de mettre en oeuvre un tel système.
Le Canada a donc l'occasion de jouer un rôle de
premier plan dans l'utilisation précoce de cet instrument,
même s'il reste à résoudre l'épineux problème de la
répartition initiale des permis.
Une politique dynamique à l'égard
des changements climatiques peut renforcer la compétitivité du Canada
Il existe deux grandes façons d'envisager l'avenir
de l'économie canadienne. L'une passe par le maintien
de la dépendance à l'égard de la base solide de
ressources naturelles dont nous disposons alors que l'autre
suppose une transition vers des industries reposant
davantage sur le savoir. Dans un avenir prévisible, la
réalité continuera d'être faite d'un mélange des deux. À
plus longue échéance, dans un monde où la tendance
à l'intégration des économies s'affirme de plus en
plus, des pays industrialisés à secteur primaire
prépondérant comme le Canada auront probablement avantage à
se préparer un avenir économique faisant une plus
large place à l'information dans les biens et services.
Nous ne pourrons échapper à cette restructuration si
nous voulons être concurrentiels à l'échelle
internationale. La stratégie énoncée dans la publication
d'Industrie Canada Les sciences et la technologie à l'aube du
XXIe siècle «repose sur un postulat, soit la nette
évolution des pays industrialisés du monde entier vers
une économie du savoir. Face à ce changement,
les Canadiens doivent passer à l'action et
instaurer politiques, programmes, structures et liens
permettant de saisir pleinement les occasions qui se
présentent, tant pour favoriser le développement économique
que pour préserver le tissu social.»34
Maintenant qu'il doit identifier ce qu'il
convient dorénavant de faire à propos de l'évolution du
climat, le Canada devrait surtout s'efforcer de prévoir
les diverses voies que le développement pourrait
emprunter tout en tentant d'harmoniser les politiques adoptées
à cause des changements climatiques avec les
créneaux commerciaux appropriés de l'avenir. Cette
conception du commerce et de la compétitivité va dans le
même sens qu'une politique climatique proactive basée
sur les principes du développement durable. Des
mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre
comme l'amélioration de l'efficacité
énergétique, l'élargissement de la place faite aux
énergies renouvelables et les substitutions de combustibles
font toutes appel à des formes de technologie qui
sont indissociables de l'économie de l'information.
En général, ces techniques s'appuient sur une
conception et une gestion avancées de l'offre et de la
demande énergétiques ainsi que sur des systèmes de contrôle
à la pointe du progrès. Elles ont tendance à être
employées à relativement petite échelle et directement au point
de consommation, ce qui minimise le coût de l'infrastructure et de la distribution.
Toutes ces caractéristiques ont des
répercussions importantes pour le commerce international.
Les économies industrialisées, les économies en
transition (p. ex., les pays de l'ancienne Union soviétique)
ainsi que les économies qui s'industrialisent rapidement
en Extrême-Orient élaborent une infrastructure
et répondent aux préoccupations économiques
et environnementales que suscitent la nécessité de
gérer une croissance économique et
démographique accélérée. Elles recherchent des techniques
qui satisferont leurs besoins sans pour autant exacerber
les pressions environnementales et démographiques, ce
qui ouvre des possibilités commerciales stratégiques
pour les pays qui sauront mettre au point et
commercialiser de telles techniques. Mais, pour acquérir une
crédibilité internationale, ces techniques doivent avoir été mises
à l'épreuve dans leur pays d'origine. Des
perspectives existent dans des domaines comme les petits
systèmes décentralisés d'approvisionnement énergétique,
les systèmes qui améliorent à la fois un service et
le rendement énergétique, les transports et
les modèles de gestion de la croissance qui minimisent l'incidence
de l'expansion urbaine sur la production de déchets et
la qualité de l'air.
À cet égard, le passage à des
techniques énergétiquement efficaces, portant moins atteinte
à l'environnement et faisant un usage intensif
de l'information que suppose une stratégie dynamique
de réduction des émission de gaz à effet de serre
pourrait aussi constituer l'une des pierres angulaires de la
voie qu'empruntera le Canada pour renforcer sa compétitivité au sein de l'économie mondiale et
créer de l'emploi. Une telle stratégie offre nombre
de perspectives que le Canada ne peut se permettre
de négliger.
Une politique à l'égard des changements
climatiques doit :
- permettre au Canada de satisfaire aux obligations
que lui impose la Convention-cadre;
- préserver la réputation de chef de file que le
Canada a acquise en ce qui concerne les
problèmes environnementaux planétaires;
- contribuer à placer le Canada à l'avant-garde
des économies mondialement concurrentielles au
XXIe siècle.
La sélection d'une stratégie efficace à long terme et
les ajustements à lui apporter à la lumière des
nouvelles connaissances scientifiques devrait continuer d'être
à la base du Programme national d'action sur
le changement climatique.
Afin de faciliter la mise en place d'une telle
stratégie, le Programme canadien des changements à
l'échelle du globe et le Conseil du Programme
climatologique canadien recommandent d'un commun accord
aux ministres qu'ils renforcent, dès maintenant, les
efforts actuels ou mettent en oeuvre de nouvelles mesures
pour :
- réaliser le plein potentiel des avantages sociétaux
des mesures «sans regrets», mesures qui
pourraient comprendre, entre autres :
- le renforcement du programme volontaire et
son expansion a) aux secteurs auxquels il ne
s'adresse actuellement pas pleinement, b) une plus
large diffusion auprès de la population des engagements
et des initiatives pris en vertu du programme
Mesures volontaires et Registre et c) l'analyse
des caractéristiques positives des programmes
volontaires des autres pays qui pourraient être transposées
au Canada;
- le soutien des initiatives des municipalités,
notamment a) des efforts de celles qui font partie du club
des vingt pour cent et b) l'adoption de nouveaux
modes de planification urbaine conçus pour réduire
les émissions de gaz à effet de serre;
- la poursuite de l'abandon des politiques
qui, implicitement et explicitement, faussent les prix
de l'énergie;
- l'introduction de stimulants financiers
facilitant l'adoption des techniques les plus efficaces du
point de vue énergétique;
- l'aide à la R.-D. et aux projets pilotes qui ont
pour but d'accroître la part des formes
d'énergie renouvelables dans l'ensemble des
approvision-nements énergétiques du Canada;
- le soutien de la R.-D. et des projets pilotes
portant sur l'utilisation efficace de l'énergie ainsi que
sur l'amélioration des techniques et procédés
de production;
- l'introduction de règlements supplémentaires
fixant des normes minimales d'efficacité pour les
édifices et l'équipement consommant de l'énergie;
- la collaboration avec les constructeurs
d'automobiles et les États-Unis en vue de la mise au point
de véhicules consommant moins d'énergie;
- la collaboration avec les administrations
municipales afin de favoriser une conception des villes et
des banlieues qui minimise l'utilisation des véhicules;
- la stimulation de l'expansion de
programmes novateurs comme l'Initiative fédérale dans le
secteur du bâtiment; et
- le lancement de programmes d'information
faisant la promotion de l'efficacité énergétique.
- soutenir l'adoption d'objectifs nationaux
et internationaux réalistes de réduction des
émissions pour le XXIe siècle;
- lancer un débat sur la manière d'utiliser les forces
du marché de façon novatrice au cours duquel
seraient notamment examinés la faisabilité, les avantages
et les inconvénients des systèmes de
permis échangeables aux échelles nationale et internationale;
- organiser ou parrainer un colloque devant
explorer les perspectives d'exportation des
techniques d'efficacité énergétique, d'utilisation des
formes d'énergie de remplacement et d'autres techniques
de limitation des émissions de gaz à
effet de serre;
- élaborer des mesures d'adaptation efficaces dans
des secteurs clés comme l'agriculture, les
ressources hydriques et la foresterie et identifier comment
il convient de modifier les installations portuaires
ou les pipelines en fonction des changements attendus;
- entreprendre d'autres études des mesures à long
terme qu'il faudrait prendre pour respecter les objectifs
plus rigoureux de réduction des émissions qui, selon
le GIEC, doivent être adoptés pour que le but ultime
de la Convention-cadre sur les changements
climatiques soit atteint; et
- soutenir un programme scientifique actif cherchant
à répondre aux questions qui demeurent en suspens
en ce qui concerne le système climatique naturel,
les répercussions de l'évolution du climat ainsi que
les possibilités d'adaptation et d'atténuation, y
compris du point de vue de la modélisation
d'évaluation intégrée des relations entre les
changements climatiques et l'économie.
Le Programme canadien des changements à l'échelle du globe et le Conseil du Programme climatologique canadien
Le Programme canadien des changements à
l'échelle du globe a été fondé en 1985, sous les auspices de
la Société royale du Canada, dans le but d'amener
des chercheurs et d'autres spécialistes de nombre
des disciplines des sciences et des lettres à planifier la
recherche pluridisciplinaire et à évaluer l'intérêt qu'elle présente
dans le cadre des politiques gouvernementales, le
Programme se chargeant de faire connaître les enseignements de
cette recherche auprès des groupes auxquels il s'adresse.
Le Programme canadien des changements à l'échelle du
globe est un organisme non-gouvernemental indépendant
qui combine les dimensions naturelles et humaines
des changements planétaires, collabore avec un réseau
mondial d'organismes en plaçant l'accent sur les
questions pertinentes pour le Canada et identifie les moyens
avec lesquels ces questions peuvent être abordées à
l'échelle internationale comme au Canada.
Le Programme climatologique canadien a été créé
en 1979 afin d'offrir aux gouvernements et à la population
des avis éclairés sur la climatologie et l'incidence que
les conditions climatiques exercent sur les
problèmes économiques et sociaux ainsi que sur les écosystèmes
et les ressources naturelles. Le Programme
climatologique canadien a énoncé les objectifs suivants pour
les partenariats du Canada :
- élaborer une capacité de prévision de l'évolution
du climat;
- évaluer l'incidence des activités humaines sur le
climat du Canada;
- évaluer les répercussions socio-économiques
des conditions climatiques qui risquent de prévaloir
à l'avenir;
- améliorer les possibilités d'exploitation des
informations climatiques dans le cadre de l'économie canadienne;
- faciliter le maintien de liens appropriés avec
le Programme climatologique mondial; et
- faciliter la coordination d'études systématiques
des caractéristiques climatiques.
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